Alain Dubuc

Et si les chiffres d’inflation étaient inexacts?

Par Alain Dubuc, SimplementBrillant.ca

Commentaires (2)

Des voix de plus en plus fortes se font entendre, notamment la Banque du Canada, pour dire que l’Indice des prix à la consommation que l’on utilise pour mesurer l’inflation est inexact et qu’en fait, il surestimait le rythme d’inflation de six dixièmes d’un pour cent. Si ces critiques se vérifient, l’inflation, en janvier, n’aurait pas été de 2,5%, mais plutôt de 1,9%.

Et si les chiffres d’inflation étaient inexacts?Les chiffres n’ont peut-être pas l’air impressionnants, mais les implications d’une telle révision seraient énormes car contrairement à la plupart des statistiques économiques qui ont surtout une fonction d’analyse, l’IPC nous affecte directement et ses mouvements peuvent avoir un impact très concret sur nos vies.

C’est en mesurant l’inflation que l’on définit les paramètres de l’indexation au coût de la vie. Cela affecte littéralement des centaines de milliards : les pensions de vieillesse du gouvernement fédéral, la Régie des rentes et le Régime de pensions du Canada, un grand nombre de régimes de retraite privés dont les pensions sont indexées, le salaire de millions de personnes, les exemptions personnelles et les tables d’impôt, pour ne nommer que les principaux.

Qu’est ce qui arriverait si on corrigeait l’IPC et qu’on le réduisait de 0,6%? L’impact serait colossal. Si l’inflation était de 1,4% au lieu de 2%, par exemple, le gouvernement fédéral, qui verse 36 milliards par année en pensions de vieillesse, économiserait 216 millions la première année, parce que l’indexation lui coûterait moins cher. Mais à la dixième année, comme ces gains s’additionnent, l’économie annuelle serait de 2,4 milliards. De la même façon, avec une inflation moindre de 0,6%, le gouvernement fédéral économiserait 2,5 milliards au bout de dix ans pour l’indexation des exemptions personnelles des déclarations d’impôt. Et bien sûr, si l’indexation est moins forte, les salaires de bien des gens augmenteront moins rapidement.

Il n’y a pas que des effets négatifs parce que si l’inflation est moins forte, la détérioration du pouvoir d’achat sera moins grande. Entre autres, le rendement réel de nos placements, l’écart entre le rendement nominal et le taux d’inflation aura tendance à être plus élevé. Ou encore, exprimé autrement, le rendement nécessaire pour protéger la valeur de son capital contre l’inflation n’aura pas à être aussi élevé. Si, dans les années à venir, la tendance à long terme de l’inflation est moins élevée qu’on le croyait, cela changera de façon significative la planification de la retraite et celui des régimes de pension. Une différence, même mineure, dans le taux d’inflation fait boule de neige au bout de quelques décennies.

Si plusieurs économistes ont déjà souligné le risque d’erreurs dans le calcul de l’IPC et pressent Statistique Canada de modifier sa façon de mesurer l’inflation, c’est la Banque du Canada qui l’a fait de la façon la plus structurée. Cela peut s’expliquer par le fait que cette institution financière respectable, connue pour la qualité de ses analyses économiques, est aux premières loges quand il s’agit de hausse des prix puisque la première fonction de ses politiques monétaires est de surveiller l’inflation et de contrôler ses hausses.

Statistique Canada reconnaît que son IPC, reconnu à travers le monde pour sa qualité, comporte un biais, mais elle l’évalue plutôt de 0,2%. L’organisme fédéral est d’ailleurs dans un processus de révision de sa méthodologie.

Mais pourquoi y aurait-il des erreurs? Le calcul de l’IPC est une entreprise d’une grande complexité. D’un côté, il faut mesurer, à chaque mois, les prix de 600 biens et services qui composent un panier de consommation. On donne à chacun de ces items un poids qui correspond à son importance dans un budget moyen, calculé à partir d’enquêtes auprès des consommateurs. Par exemple, la catégorie « matériel de sport et équipement sportif »  compte pour 0,31% de l’indice, les tomates, pour 0,11%, les bijoux, pour 0,29%. On met à jour ce panier de consommation à tous les quatre ans. Et c’est là le problème.

Les biais viennent essentiellement du fait que les gens modifient leur consommation en fonction des prix et que les marchés évoluent plus rapidement que les méthodes de calcul de l’organisme fédéral. Cela fait en sorte que l’inflation affecte moins les gens que l’affirment les statistiques.

Si le prix du brocoli explose, la plupart des consommateurs vont passer à d’autres légumes. Si le prix de l’essence augmente, ils vont essayer de réduire leur consommation, par exemple en conduisant moins vite. S’il y a de gros rabais du côté du poulet, ils auront tendance à en profiter et à réduire leurs achats de bœuf ou de porc. L’indice ne change pas assez vite pour capter ces adaptations. Ce sont ce que les économistes appellent des biais liés à la substitution de consommation. Les consommateurs adopteront cette même stratégie en changeant de commerçants pour privilégier les grandes surfaces à bas prix.

Il y a d’autres biais, par exemple le fait que le prix des nouveaux produits, comme des jeux vidéos, tombe rapidement, ce qu’une pondération d’un indice à tous les quatre ans ne mesure pas. On encore qu’à prix égal, la qualité de certains produits augmente, comme les télés HD ou les ordinateurs.

Tous ces facteurs indiquent que les consommateurs s’ajustent, qu’ils combattent l’inflation à leur manière et que dans les faits, ils ne souffrent pas autant de la hausse des prix qu’on le croit. On pourra sans doute corriger une partie de ces biais en révisant les paniers de consommation plus rapidement, par exemple à chaque année. Mais cela ne tiendra pas compte des adaptations inventives au jour le jour des consommateurs.

Mais déjà, les échos de ce débat sur la qualité de l’IPC suscitent des inquiétudes et un certain mécontentement. Parce que cette possible révision à la baisse de l’inflation peut être perçue comme une façon pour les gouvernements et les entreprises d’économiser sur le dos des citoyens.

Mais nous vivons dans une période où le niveau de méfiance envers les pouvoirs publics est élevé. Or ce débat se déroule aussi au plan politique, parce qu’un grand nombre de postes de dépenses et des revenus gouvernementaux sont indexés, et parce que Statistique Canada est un organisme relevant du gouvernement fédéral. On risque donc, dans certains milieux, de croire que les gouvernements voudront que les taux d’inflation soient révisés à la baisse et qu’ils feront des pressions en ce sens, pour mieux équilibrer leurs budgets.

C’est oublier que Statistique Canada est une institution fédérale reconnue pour sa probité, son professionnalisme et son indépendance. Et c’est  oublier que le principe même de l’indexation consiste à protéger les contribuables, les retraités ou les salariés contre l’inflation. Si celle-ci est moins forte qu’on le croyait, le degré de protection doit s’ajuster. Les sommes que les citoyens ne recevront pas seront en fait des sommes auxquelles ils n’avaient pas droit. L’indexation surévaluée n’est pas un dû, mais un accident, dont on a involontairement profité grâce à une imprécision statistique.


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Benoit Boilyle

Je fais peut-être erreur, mais à l’automne l’inflation peut-être de 3% et soudainement à la fin de l’année, nous avons un beau 2%.

    Simplement Brillantle

    Réponse d’Alain Dubuc:
    Vous avez raison. Le rythme d’inflation varie beaucoup d’un mois à l’autre. En mars 2012, la hausse des prix par rapport au mois de mars de l’année précédente, a été de 1,9%. En février, la hausse était plutôt de 2,6%. Ces mouvements sont souvent dûs à des phénomènes temporaires, par exemple, une flambée des prix des légumes, ou une pointe des prix du pétrole. Pour avoir une bonne idée du rythme réel d’inflation, et éviter les montagnes russes, c’est pas mal mieux de faire une annuelle. C’est un peu comme la météo. On a eu des journées très chaudes en avril, et ensuite des journées très froides, ce qui fait que, dans l’ensemble, malgré les
    apparences, la température moyenne d’avril ne s’est pas beaucoup écartée des moyennes historiques. Mais il y a une différence entre la météo et l’inflation. Il y a un réchauffement climatique, mais il n’y a pas de
    réchauffement des prix.
    Dans les années 70 et 80, l’inflation annuelle tournait autour de 7%, avec des pointes à 12%. Depuis 20 ans, elle se maintient autour de 2%.

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