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Dresser un budget, épargner et investir pour bâtir un avenir plus radieux

Une statistique désolante

Par Alain Dubuc, SimplementBrillant.ca

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Il y a quelques semaines, j’ai avalé mon café de travers en lisant  mon journal le matin. Ce qui a perturbé mon rituel matinal, c’est un article de mon collègue Michel Girard dans La Presse, qui mettait le doigt sur une situation parfaitement navrante.

Une statistique désolanteL’article, citant une étude de Statistique Canada, révélait qu’en 2010, à peine six millions de Canadiens avaient cotisé à leur Régime enregistré d’épargne-retraite. C’est dire que seulement 26% des contribuables s’étaient prévalu de cet abri fiscal. À l’inverse, 17 millions de personnes avaient choisi de ne pas mettre un sou dans leur REER. Il faut aussi noter le caractère modeste de leur effort, avec une contribution médiane de 2790 $.

Ce qui est encore plus sidérant, c’est que le total de leurs cotisations, 33,9 milliards de dollars, représentait à peine 5,1% de la somme à laquelle ils avaient droit. C’est un total de 664 milliards de dollars que les Canadiens auraient pu déduire de leur revenu imposable. En ne le faisant pas, ils se sont privés d’économies d’impôt d’environ 200 milliards!

À un premier niveau, ces statistiques mettent en relief une anomalie. On sait que les gens n’aiment pas beaucoup payer des impôts. Or, il existe un abri fiscal simple à utiliser, vraiment utile, à la portée de toutes les bourses. Et c’est le REER. Un véritable cadeau que leur font leurs gouvernements. Et pourtant, les gens ne s’en servent pas. Malgré tous les appels, toutes les publicités, surtout en janvier et février, cet outil financier est massivement boudé.

Hélas, il ne s’agit pas seulement d’un étrange comportement fiscal. Ces données révèlent des réalités beaucoup plus troublantes, dramatiques même à certains égards. Le sous-investissement dans les REER est d’abord le symptôme d’un phénomène généralisé, la tendance à l’endettement des ménages et l’insuffisance de l’épargne. Un état de fait aux lourdes conséquences, car cela annonce des jours difficiles pour bien des gens lorsqu’ils arriveront à l’âge de leur retraite.

Il faut apporter quelques nuances à ces chiffres. Il y a quand même des raisons valides pour lesquelles on peut choisir de ne pas contribuer à son REER. D’abord, un grand nombre de contribuables, plus de 40%, n’ont pas d’impôt sur le revenu à payer. Dans leur cas, cet abri fiscal n’est pas un véhicule d’épargne approprié. D’autres peuvent faire le choix de constituer leur épargne en remboursant leur hypothèque. Enfin, bien des gens n’ont tout simplement pas assez d’argent pour investir dans leur REER.

Voilà un problème majeur, qui confronte la société canadienne. Les Canadiens n’ont jamais été aussi endettés que maintenant. Au troisième trimestre de 2011, l’endettement des ménages, en hausse constante, a atteint un record, soit 150,8% de leur revenu personnel disponible. En gros, leur dette hypothécaire atteint un billion – autrement dit, mille milliards – et le crédit à la consommation compte pour 448 milliards. À ce niveau, le taux d’endettement des Canadiens dépasse maintenant celui des Américains.

Cet endettement, selon une enquête de CGA-Canada, ne s’est pas accompagné d’une amélioration des revenus ou de la richesse. Un sondage de l’organisme révèle plutôt que c’est la consommation, plutôt que la constitution du patrimoine, qui est la première cause de l’endettement, pour 57% des répondants.

Le problème est assez sérieux pour amener la Banque du Canada, et son gouverneur, Mark Carney, à multiplier les mises en garde sur les dangers que peut poser cet endettement des ménages, tant pour l’économie canadienne que pour la situation personnelle des individus, surtout si les taux d’intérêt se remettent à grimper.

Selon la banque centrale, depuis le début de la reprise, au milieu de 2009, l’endettement des ménages a augmenté deux fois plus vite que leur revenu personnel. Cela s’explique en partie par les bas taux d’intérêt, qui encouragent le recours au crédit ainsi que par l’augmentation du prix des maisons, ce qui gonfle les emprunts hypothécaires.

Mais il n’y a pas que cela. On assiste à un phénomène inquiétant, une augmentation importante des lignes de crédit et des prêts garantis par la valeur des propriétés. En une décennie, cette forme d’endettement a connu une hausse de 170% – une augmentation deux fois plus rapide que celle de la dette hypothécaire – et représente maintenant 10% de la dette des ménages.

Et cela nous mène à un autre problème, plus préoccupant. Comment des citoyens qui s’endettent peuvent-ils réussir à constituer les épargnes dont ils auront besoin pour le passage à la retraite? Il n’y a pas de critère absolu pour définir quelle est la proportion du revenu qu’on avait lors de sa vie active dont on aura besoin à la retraite pour ne pas subir une baisse de son niveau de vie et de la qualité de vie. 60% du revenu est vraiment un minimum mais en général on vise, selon les circonstances,  à maintenir entre 75 % et 85% de son revenu. Plusieurs n’y parviendront pas.

Bien sûr, nous disposons de programmes publics pour soutenir les citoyens lors de leur retraite, d’abord les prestations de la Sécurité  de la vieillesse fédérale, un programme fédéral auquel peut s’ajouter le Supplément de revenu garanti, ainsi que les prestations de la Régie des rentes du Québec ou du Régime de pensions du Canada. Ces sources publiques permettront de maintenir le niveau de revenu de ceux qui sont au bas de l’échelle. Mais pour les autres, ce sera largement insuffisant.

L’autre pilier des politiques de retraite, ce sont les régimes complémentaires que procurent les employeurs. Mais Claude Castonguay, dans une étude réalisée pour le Cirano, indiquait, qu’en 2009, seulement 1,5 million de Québécois profitaient de tels régimes, soit 37% de la main d’œuvre. La moitié d’entre eux se retrouvent dans le secteur public. Autrement dit, presque les deux-tiers des travailleurs n’ont pas accès à de tels outils d’épargne pour la retraite. Et cela ne s’améliorera pas, parce que le nombre de ces régimes est en baisse.

D’où l’importance de l’épargne personnelle pour bien se préparer à la retraite, à commencer par les REER. Or, on l’a vu plus haut, ce véhicule est sous utilisé. Au Québec, 1,5 million de contribuables ont cotisé à un REER en 2010, soit un peu plus du quart. C’est peu. Cependant, le nombre total de gens qui détiennent un REER est plus élevé parce que plusieurs contribuables ne cotisent pas à chaque année. En tout, les Québécois ont accumulé 122 milliards de dollars dans leurs REER. À cela s’ajoute, bien sûr, toutes les formes d’épargne qui ne sont pas directement associées à la retraite, équité immobilière, placements, etc.

Mais dans l’ensemble, pour bien des gens, ce ne sera pas assez. Une étude de l’Institut de recherche en politiques publiques, l’IRPP, estime que 30% des Canadiens des classes moyennes subiront une chute importante de leur niveau de vie lorsqu’ils arriveront à l’âge de la retraite. L’étude de l’ancien ministre Claude Castonguay est plus pessimiste et évalue à 50% la proportion des contribuables qui connaîtront une réduction significative de leur niveau de vie, surtout dans le cas de ceux dont le revenu est autour du revenu médian. C’est énorme.

Cela mène à trois conclusions. La première, c’est que, dans l’organisation économique de notre vie, il faut penser à sa retraite. La seconde, c’est qu’il faut épargner. Et la troisième, c’est qu’il faut profiter au maximum du Régime enregistré d’épargne-retraite.


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