Êtes-vous un parent «hélicoptère»?
Par Anna Sharratt, SimplementBrillant.ca
Eric Ritskes sait bien qu’il est du genre parent hélicoptère vis-à-vis de sa fille. «Je réagis au quart de tour lorsqu’elle a besoin de quelque chose», avoue ce chercheur de Toronto.
Eric Ritskes dit que Daija, qui aura trois ans le mois prochain, lui a récemment rappelé qu’elle était capable de faire des choses toute seule. «Je ressens quand même le besoin de rester proche, ajoute-t-il, mais j’essaie maintenant d’être un peu plus discret pour que cela ne se voit pas.»
Eric Ritskes appartient à toute une génération de parents dits «hélicoptères», qui sont très dévoués, mais aussi très protecteurs, et qui veulent éliminer de la vie de leurs enfants le plus de risques possible. En essayant de fournir à leurs enfants une enfance sécuritaire, sans douleur et riche d’apprentissages, ces parents gèrent tous les aspects de la vie de leurs enfants : ils cherchent à bien connaître leurs enseignants dès la première année (espérant ainsi que leur enfant prendra de l’avance) et vont jusqu’à nettoyer la poignée du chariot de l’épicerie pour protéger leurs jeunes enfants des microbes.
Qu’est-ce qui a provoqué l’apparition des parents hélicoptères? Selon les spécialistes, il y aurait plusieurs facteurs en cause : de la réaction des enfants «clef au cou» des années 70 et 80 aux médias qui nous assaillent d’histoires d’horreur de prédateurs sexuels, d’abus physiques et pire encore.
Deux parents sur cinq (39 %), qui ont été interrogés dans le cadre d’une enquête internationale effectuée en ligne en 2009 : PlayReport (enquête préparée par Family Kids and Youth et commanditée par IKEA), étaient d’accord avec l’énoncé suivant : «J’aimerais que mes enfants puissent jouer dehors, mais je suis trop préoccupé par leur sécurité.» Au Canada, 58 % des parents interrogés ont répondu qu’ils étaient moyennement à fortement d’accord avec cet énoncé.
À part la peur du danger, d’autres facteurs sont entrés en jeu au cours des 25 dernières années, indique Nicole Wise, coauteur du livre The Over-Scheduled Child: Avoiding the Hyper-Parenting Trap.
«Les personnes qui se sont senties délaissées par leurs parents quand ils étaient enfants peuvent devenir des parents hyper-protecteurs avec leurs propres enfants. D’autre part, les magazines sur l’éducation des enfants pullulent et les femmes choisissent d’avoir leurs enfants de plus en plus tard : le temps de murir un peu et de faire des études. Et lorsqu’elles ont leurs enfants, elles voient leur rôle de parent comme s’il s’agissait d’un travail et veulent tout faire pour bien réussir dans ce rôle.»
Mais l’excès de zèle de ces parents a un effet pervers : en effet, les enfants passent moins de temps livrés à eux-mêmes ou à jouer seuls. «Un enfant qui est toujours surveillé, évalué ou dirigé par ses parents aura l’impression qu’il ne sait rien faire tout seul. Soit il n’aura pas confiance en ses capacités ou bien il sera trop confiant, il pourra être anxieux ou il se croira tout permis ou encore deviendra colérique, indique Nicole Wise.
- Vous craignez de devenir un parent hélicoptère? Voici quelques signes qui devraient vous faire réagir :
- Vous faites tout pour vos enfants : nourrir votre enfant de 4 ans et nouer les lacets des plus grands.
- Vous portez trop d’attention aux accomplissements de vos enfants et vous les avez inscrits à toutes sortes de programmes, comme la gymnastique pour les tout-petits parce que vous pensez que cela leur donnera une longueur d’avance, mais ces activités ne sont peut-être pas adaptées à leur âge.
- Vous êtes contrarié lorsque votre enfant échoue et vous voyez cet échec comme une défaite personnelle.
- Votre enfant montre des signes de dépendance, il est collant, anxieux ou colérique.
Vous et votre enfant n’avez pas de temps libre pour jouer ensemble et apprécier tout simplement d’être ensemble.
La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas difficile pour un parent hélicoptère de changer d’attitude. «La première étape consiste à faire le bilan de votre vie de famille, indique Nicole Wise. Les parents feraient bien de se demander si ce qu’ils font est vraiment important, est-ce que cela change vraiment quelque chose? Ils devraient regarder si leur vie familiale n’est pas trop stressante, si l’emploi du temps de chacun n’est pas trop surchargé, si les enfants ne ressentent pas trop de pression, si la vie de famille ne se résume pas à des : allez! allez! allez!»
Les spécialistes vous diront qu’il est bon d’inscrire vos enfants dans des activités qui sont appropriées pour leur âge et qui les intéressent vraiment. Et il est certain que l’apprentissage d’un sport ou d’un art ou que les activités de plein air sont bénéfiques. Mais il faut veiller à ce que ces activités ne deviennent pas un moyen pour les parents de trop encadrer leurs enfants.
Nicole Wise suggère aux parents de faire consciemment un effort pour laisser leurs enfants être des enfants, et leur laisser plus de temps pour jouer comme ils l’entendent, lire ou ne rien faire. Les mères et les pères devraient aussi revendiquer leur droit à leur vie propre : vie sociale, professionnelle et romantique.
«On peut dire que l’éducation des enfants est réussie s’ils savent tout simplement être eux-mêmes et s’ils arrivent à ne plus avoir besoin de nous, ajoute Nicole Wise. C’est ça notre tâche : ne pas vouloir que notre enfant soit parfait ni qu’il ait une enfance parfaite.»

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